Economie et Politique

 

Prix Nobel d’Eco 1998, Amartya Sen, observe  « qu’il n’y a jamais eu de famine grave dans aucun pays doté d ‘une forme démocratique de gouvernement et possédant une presse relativement libre ».

 

Intro :

 

De même, le rapport du PNUD (Programme des Nations Unies pour le Développement) sur le monde arabe de 2002 établit une corrélation entre des résultats économiques insuffisants et un déficit démocratique marqué dans la région. Ainsi, si la tendance actuelle de croissance de 0,5% par an persiste dans les prochaines années, il faudrait en moyenne, au citoyen arabe, 140 années pour doubler son revenu, contre un peu moins de dix ans dans d’autres régions du monde. Bien que la pauvreté en termes de revenu (ou pauvreté monétaire) soit, dans le monde arabe,  inférieure à d’autres régions du monde, la région doit faire face à un autre type de pauvreté : la pauvreté en termes de potentialités et d’opportunités. Celle-ci  résulte  de 3 manques: l’absence de  liberté de choix, le défaut de promotion des femmes, et les carences des systèmes de l’enseignement.
A travers cet exemple, on voit bien le lien entre le système politique et les performances économiques, ou plus simplement entre politique et économie. Le terme « économie » provient du grec oikonomia, signifiant « administration de la maison » ; et se rapporte aujourd’hui à tout ce qui concerne la production, la distribution, la consommation de richesses et donc la satisfaction des besoins des individus. Quant au terme « politique », il est dérivé du latin polis signifiant la cité et désigne tout ce qui est relatif à la vie de la cité, à la chose publique et au gouvernement, cad à l’exercice et à l’organisation du pouvoir dans une société organisée. Ainsi, on voit à travers la définition des deux termes qu’ils sont liés dans leur rapport au collectif : il s’agit en effet d’une gestion au sens large, ayant, dans les deux cas, pour base l’individu, et pour fin ultime le bien commun et la réalisation de la liberté humaine.  D’où les enjeux fondamentaux qui se cachent derrière ces deux notions puisqu’elles se rapportent aux fins humaines.

Il apparaît donc fondamental de s’interroger sur la nature des relations qu’entretiennent économie et politique à travers leur évolution: existe-t-il une hiérarchie entre les deux notions ? Laquelle domine, et laquelle se retrouve subordonnée ? Au-delà de cette question de la tutelle, économie et politique ne sont-elles pas des notions intrinsèquement liées ?

A travers les rapports du politique et de l’économique transparaît la question de la liberté. Comment économie et politique doivent-ils s’organiser dans leurs rapports afin de permettre liberté individuelle et le bonheur ?

            Annonce de plan : Nous nous interrogerons tout d’abord sur la nature des rapports entre économie et politique, avant d’envisager la question de la liberté comme fin commune du politique et de l’économie.

 

I.L’économie et le politique : de la subordination à la complémentarité

 

Nous nous pencherons tout d’abord sur les rapports de tutelle entre ces 2 notions puis nous verrons que Etat et marché ne s’opposent pas mais au contraire s’interpénètrent.

 

A. Les rapports de tutelle de l’économie et du politique : deux notions opposées ?

 

1. le primat du politique sur l’économie ou l’économie comme instrument (outil) du politique ?

 

Dans certains cas, le pouvoir politique domine et s’approprie le champ économique, ceci est illustré notamment par l’instauration d’économies planifiées, où le chef d’entreprise travaillant pour un profit est remplacé par un organisme planificateur central. Le planisme repose sur le postulat selon lequel l’utilisation rationnelle des ressources requiert une direction et une organisation centrales de toutes les activités. En effet, ce que les planistes exigent, c’est la direction centralisée de toute l’activité économique, conformément à un plan unique, exposant comment les ressources de la société doivent être « consciemment dirigées » pour atteindre d’une manière déterminée un but déterminé. L’économie se trouve réduite à un simple instrument d’action de la politique. Un exemple du planisme : l’ex URSS,: plans assignant un niveau de production pour chaque bien.

Les objectifs sont multiples : dans le cadre de l’URSS de Staline, on observe des plans qui répondent à une volonté de s’équiper militairement, et non d’assurer le bien être des individus à travers la production de biens de consommation. Exemples : fer, acier..

Par ailleurs, dans ses moyens, l’économie dirigée se trouve administrée par des moyens totalitaires (censure, absence de liberté, torture…). D’où caractère illégitime.

Exemple plus actuel : l’Algérie, article de JP SERENI, Algérie : la politique contre l ‘économie, 2000. L’auteur montre comment depuis une quinzaine d’années, malgré des velléités de réforme libérale, l’Algérie ne parvient pas à sortir du modèle étatique qui étouffe son économie, mais dont le maintien a été jusqu’ici motivé par de puissantes raisons politiques. Planification centralisée de l’éco, quasi-monopole des entreprises publiques et du pétrole, corruption.

 

2-la politique au service de l’économie :

 

Renversement de situation : remise en cause de ces modèles de planification ; idée que l’efficacité économique nécessité une grande marge de manœuvre. Politique qui devient subordonnée à l’économique :

En effet, après la mort des idéologies et l’effondrement historique des systèmes marxistes –léninistes et le triomphe du modèle politique et économique occidental, s’est développée, paradoxalement dans ces mêmes démocraties libérales une crise de l’Etat, une crise de la représentativité et plus généralement, une crise du sens de l’action politique. Une des principales causes de cette crise est l’idée que la marge d’action de la décision politique est finalement fort étroite et qu’elle est déterminée par les lois objectives de l’économie.

La politique ne serait plus le lieu où s’affrontent des conceptions de la vie sociale et de la place de l’Etat, mais elle n’aurait d’autre but qu’une gestion rationnelle, scientifique de la réalité qui est fondamentalement de nature économique. Dès lors, l’évaluation de la politique par les citoyens électeurs se ferait en fonction des résultats économiques et donc en fonction de la bonne marche de l’économie.

La primauté de l’économique sur le politique et la morale désigne ce qu’on appelle « l’économisme ».

Exemple : le modèle américain. USA : réussite du système économique libéré de la politique et donc du désengagement de l’Etat (déréglementation, veille à la libre concurrence à travers les lois anti-trust).

Le libéralisme économique défend l’idée d’une autorégulation naturelle de la société, laquelle s’organise, en son ordre autonome, d’autant plus heureusement et efficacement que l’Etat s’en mêle moins, thèse majeure qu’illustre la célèbre métaphore d’Adam Smith de « la main invisible ». L’Etat minimal doit donc dans cette optique, simplement veiller au respect de la liberté des marchés et de la propriété : « procurer la protection et empêcher la violence ».

Le commerce et les rapports d’échange se présentent comme une solution pour contenir dans les frontières les plus étroites l’action politique.

 

Transition : La question de la tutelle évoquée précédemment nous fait penser à deux notions distinctes et séparées. Pourtant, l’autonomisation et l’autosuffisance de ces disciplines n’ont certainement pas créé une rupture d’amarres entre elles ; au contraire, ces notions s’entremêlent souvent dans la pratique et se complètent.

 

B. L’indissociabilité des deux notions :

 

1. Dans la pratique: complémentarité des missions

 

Dans le Politique, Platon affirmait « entre l’état de la cité d’une grande maison et le volume d’une petite cité, y a-t-il quelque différence au regard du gouvernement ? il est clair qu’il n’y a pour tout cela qu’une seule science ; qu’on l’appelle royale, politique, économique, nous ne disputerons  pas sur le mot ». En d’autres termes, Platon confond volontiers l’économique et le politique.

Marx quant à lui envisage une nécessité de succession entre les 2 champs : en effet, dans l’Idéologie Allemande, Marx  met l’accent sur les rapports de production (cad la manière dont les êtres humains organisant leur production sociale et les instruments qu’ils emploient) qui constituent la base réelle de la société sur laquelle s’édifie une superstructure juridique et politique. Autrement dit, la politique, au sens étroit du terme, ne se comprend que dans le cadre d’une étude prenant en compte l’histoire et l’économie qui exercent une influence sur le politique et par conséquent, l’économie précède le politique.

La modernisation de l'économie et de la société s'accompagnent le plus souvent de modifications dans l'ordre politique. Les phénomènes sont liés sans qu'on puisse déterminer lequel précède ou suscite l'autre.

Nous pouvons parler donc de processus d’influence réciproques entre les deux sphères. A titre illustratif, nous pouvons évoquer le rôle de l’analyse économique dans la procédure de prise de décision par les pouvoirs publics : en effet, l’économie fournit un cadre pour la collecte d’informations et pour une présentation raisonnée des données, offrant ainsi au décideur politique un outil permettant d’orienter les mesures à prendre. De même, l'économique est par sa nature même (la multiplicité des acteurs – voire leur atomicité) un champ diffus et de par son fonctionnement, il a besoin d'un " arbitre " faisant appliquer à tous les mêmes règles : il s’agit donc de la question de l'espace politique à l'heure du " capitalisme financier transnational : à titre d’exemple, nous pouvons citer à titre d’exemple , la COB (instituée en 1967) est un organisme étatique dont la mission est la surveillance des opérations financières sur les marchés français. La politique, peut donc à travers sa fonction de régulation organiser ou maintenir des équilibres économiques.

Par ailleurs, le débat sur la démocratie évolue et porte non seulement sur des questions politiques mais de plus en plus sur les problèmes socio-économiques de la production, de la distribution, de la propriété, des classes. En effet, les démocraties populaires fondent leur légitimité démocratique sur une base économique en mettant en avant leur mode de répartition égalitaire de la propriété du capital, de la production, la garantie de l’emploi. On n’associe en général la démocratie avec l’économie que dans la mesure où l’on identifie la liberté du marché économique privé avec la liberté d’un régime démocratique politique.

 

De là émane la nécessité d’arriver à un rapport équilibré et optimal entre politique et économie.   

 

2. Nécessité d’arriver à un rapport équilibré et optimal entre politique et éco

 

Il s’agit ici d’une question de juste dosage entre éco et pol car comme nous l’avons vu le tout économique ou le tout politique présentent des dangers.

Le problème, est donc de trouver un modèle alternatif à la fois au capitalisme concurrentiel et à la planification socialisée. Cette exigence, qui est au cœur du programme de l’Etat-providence, répond d’abord à un impératif moral de ne pas laisser les forces du marché décider, à la place des hommes, du monde dans lequel ils veulent vivre et « des bonnes décisions » à prendre. Autrement dit, il convient de « socialiser l’économie » à travers une gamme de politiques sociales ayant pour but de fournir des services élémentaires tels que la santé et l’éducation par exemple et donc de corriger certains déséquilibres et inégalités par l’action régulatrice de l’Etat. (ceci rejoint la pensée hégélienne Principes de la philosophie du droit qui décrit l’incapacité de la société civile d’assurer l’harmonie sociale et donc de s’autoréguler et qui préconise donc cette régulation étatique pour brider la logique irresponsable des intérêts particuliers.)

Le problème reste la définition du degré d’intervention et donc la définition d’un dosage optimal qui va permettre de garantir la liberté.

 

 

II. La liberté comme fin commune du politique et de l’économie.

 

Question : Comment économie et politique doivent-ils s’organiser dans leurs rapports afin de permettre liberté individuelle et le bonheur ?

 

A. La liberté se joue à la fois en citoyen et en agent économique : l’être social.

 

1. Le libéralisme (« le système libéral »), une tentative de concilier liberté politique et liberté économique :

           La doctrine libérale de l’économie de marché, qui se constitue au 18ème siècle, en particulier avec Adam Smith, s’inscrit dans la volonté des penseurs libéraux de limiter le pouvoir de l’Etat. Cette doctrine établit clairement la distinction entre relation politique et relation économique : en effet, la relation de commandement et d’obéissance définit l’essence même de la relation politique qui est par définition hiérarchique et inégalitaire. Il en va tout autrement de la relation économique d’échange qui est par nature égalitaire puisque l’échange a pour vertu particulière d’inscrire les individus dans une relation strictement égalitaire, indépendamment de leur position sociale, de leur talent ou de leur naissance. Dans la pensée libérale, le commerce permet la satisfaction pacifique des intérêts particuliers et les individus n’agissant que pour soi contribuent naturellement, quoique involontairement, au bien général : c’est « l’harmonie naturelle des intérêts ».

Ø      D’où l’impact du libéralisme économique sur l’avènement du libéralisme politique. Pour certains libéraux en effet, le développement économique entraîne la formation d’une classe moyenne dont le poids est très important dans l’avènement de la démocratie et du libéralisme politique. Exemple : La fin de la guerre froide et l’implosion du monde communiste ont conduit à un modèle mondial stabilisé mettant au premier rang la combinaison du libéralisme économique et politique, dit démocratie de marché. Cercle, système : Aussi le libéralisme économique s’enrichit-il à son tour au contact du libéralisme politique qui veut limiter les pouvoirs de l’Etat au profit de l’individu « libre et rationnel », la démocratie étant un facteur de développement du libéralisme économique. Exemple : l’UE  conditionne l’entrée dans l’union à la satisfaction d’une « clause démocratique », notamment avec l’exemple de la Turquie (+ la ZLEA : clause qui subordonne l’entrée d’un futur membre à la démocratisation sans délai, cf Haïti).

Ø      Libéralisme politique et économique tentent de penser un système au sein duquel c’est la liberté individuelle qui prime (HAYEK) ; les individus sont caractérisés par leur choix libre, dans la sphère politique, en tant que citoyen électeur, comme dans la sphère économique, en tant qu’agent ayant des préférences. L’individu n’obéit à personne. Aussi, dans cette perspective, l’intervention (la régulation) de l’Etat doit-elle être absente dans la sphère économique : il en va de la responsabilité des agents, l’idée étant que tout choix emporte des conséquences pour son auteur.

 

2. La critique (évaluation)  de  l’Etat providence, ou de l’ingérence du politique dans l’économie :

Pour certains, l’Etat providence est synonyme de liberté car il garantit un minimum vital à chacun. Pourtant, on peut légitimement se demander si l’EP ne mène pas à l’irresponsabilité des individus. Or qui dit liberté dit nécessairement responsabilité ; thème très développé par les libéraux. La crise actuelle de l’EP (à travers la crise de la protection sociale, le problème des dépenses) en témoigne : là où l’on pouvait voir, à l’origine, une expression de la solidarité humaine, il semble qu’il ne reste aujourd’hui que les revendications égoïstes d’un individu fermé sur lui-même, de plus en plus assisté, l’Etat devant prendre en charge la totalité de ses besoins. Irresponsabilité des individus et inefficacité de l’EP :

·              Selon Pierre Rosanvallon, le principal défaut de l’EP traditionnel est d’organiser de façon bureaucratique et abstraite une solidarité mécanique et opaque. Procédures anonymes de redistribution qu’il faut remplacer par des formes de solidarité sociale réelle entre les hommes : il s’agit de « rendre le social plus lisible ».

·            Hayek va beaucoup plus loin en déclarant que « le capitalisme et le marché libre sont les conditions préalables de toutes nos libertés démocratiques ».

 

B. Le développement, lieu d’un rapport équilibré entre politique et économie en vue de « l’expansion des libertés réelles »

 

Le développement est sans doute le meilleur exemple d’un travail qui unit politique et économie en vue de l’amélioration du bien être. En tant que notion globale, le développement nécessité à la fois des progrès économiques et une politique volontariste de l’Etat. La notion de développement a été étudiée en profondeur par le prix Nobel d’économie 1998 Amartya Sen. Dans son ouvrage Development as freedom, il définit le développement comme un « processus d’expansion des libertés réelles » dont jouissent les individus à travers l’amélioration du bien être. A SEN a élaboré un IDH qui s’oppose aux indices du FMI ou de la BM lesquels ne reposent que sur le seul PIB comme indicateur statistique. Le développement désigne pour SEN une notion bien plus complète : taux de mortalité infantile, espérance de vie, taux d’alphabétisation, certains facteurs du développement sont culturels : attention accordée à la santé publique via des politiques de prévention, d’assistance maladie, alphabétisation des femmes… Tout au long de son ouvrage, SEN insiste sur la liberté qui est à la fois une condition sine qua non du développement humain, et l’objectif visé par ce dernier. La liberté est donc à la fois le moyen utilisé et la fin visée. Du fait qu’elle en constitue le socle, le développement des pays pauvres ne saurait se concevoir sans une lutte contre les atteintes à la liberté que sont par exemple la tyrannie, les conditions sociales précaires, le manque de SP ou encore l’intolérance. Les libertés politiques, les droits civiques et la démocratie non seulement précèdent, mais sont aussi le préalable élémentaire à la croissance économique et au développement économique et humain.

Exemple actuel: le rapport du PNUD, et le développement dans pays arabes : le politique comme frein au développement ; Les contraintes bureaucratiques qui prennent la forme de contrôle par les pouvoirs publics de la société civile constituent de sérieux problèmes. Les rapports des pouvoirs publics arabes avec la société civile varient de l’opposition, à la manipulation, et la “liberté sous surveillance.” Cette analyse peut être rapprochée de celle de BARRO qui établit une corrélation entre le degré de démocratie politique et la croissance économique.

 

CONCLUSION : Vers une économie éthique ? Entre libéralisme « sauvage » et Etat Providence, le compromis de l’économie éthique.

En définitive, si marché et Etat sont bien complémentaires, la difficulté est de trouver un rapport équilibré permettant la meilleure réalisation de la liberté, et donc du bien être. C’est dans cette perspective qu’AS (dans Ethique et Economie) a posé les bases du choix social et de la nécessité de dépasser les cadres stricts du politique et de l’économique, à travers la réintroduction de la dimension éthique, pour donner des chances de développement à tous. Politique et économie doivent se réconcilier dans un même projet éthique. En effet, si la dimension éthique semble davantage être prise en compte dans la sphère politique, il apparaît plus urgent de la réintroduire dans l’économie, notamment avec la mondialisation qui pose la nécessité impérieuse d’introduire plus d’éthique dans les rapports entre Etats. La question éthique expulsée de la science économique depuis deux siècles par la grande porte y fait peu à peu retour par des petites fenêtres. Exemple : le commerce équitable : souci de donner une chance aux petits producteurs qui seraient écrasés par une concurrence sauvage. Taxe Tobin.

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